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LORIENT VILLE LUMIERE - (l'état de notre urgence)

 

L’état de notre urgence.

(Lorient - Ville Lumière)

 

La projection de mon film Lux Perpetua a eu lieu le samedi 25 février à Lorient chez Nicolas.

Nicolas habite en colocation.Une dizaine de personnes. Le loyer est très modéré, chacun vit dans son propre espace et partage un espace commun la cuisine- salon.

Nicolas édite également des récits. J'ai lu le récit d’un SDF. Le SDF écrit dans le premier chapitre que ses douleurs aux ventres sont supportables

Tous les trois mois, la colocation organise des rencontres ouvertes sur les habitants du quartier.

Les frais de déplacement des artistes invités sont couverts par une libre participation et par une forme ainsi assumée d’auto organisation.

Aucune subvention n’a été sollicitée, aucun plan de financement n’a été soumis, aucun salaire emploi aidé n’a été versé.

Permettant ainsi d'évacuer la question de la rentabilité, du nombre, de la visibilité, de la communication qui en substituant le mensonge cynique à nos gestes artistiques a tout naturellement fini par faire le jeu du front national et de ses alliés bombes humaines.

Une exposition dans le frigidaire, une bande vidéo en boucle dénonçant le concept de pouvoir diffusée dans les toilettes, la recomposition collective de la bande son de mon film « Voyage au cœur de l’Europe Socialique », une composition sérielle électronique/manuelle d’un chant breton et une performance interrogatrice ont précédé la projection de mon film Lux Perpétua.

Le chat de la co-location a dormi sur le coussin sous la véranda de l’espace commun.

J’ai continué à chercher la rue de la Belgique.

Je me suis accoudé au comptoir d’un café. Elle était toute vêtue de noir. Je savais qui elle était. Ou bien non je ne savais pas qui elle était. Elle a refusé de se laisser payer un verre par un client qui fêtait son anniversaire. Le client portait un chapeau de paille et il ne m’a pas payé de verre. Je ne lui ai pas parlé. J’étais englouti dans la propre introspection qui avait pour objet d’analyser par quel processus mental j’avais été conduit à m’imaginer que je devais rembourser dix neuf milles cinq cent quarante trois euros à un organisme social.

J’ai demandé à T. ce qu’il avait pensé de Lux Perpetua. T. m’a répondu qu’il n’avait pas été séduit par mon prêche de gare.

Le compositeur de la musique sérielle électronique/manuelle m’a raconté que la Bretagne avait été vidée de ses habitants par les guerres Napoléoniennes et par Verdun. Il a ajouté que la question de l’identité ne dépendait pas d’un territoire, mais d’après ce que j’ai compris d’une culture, culture que chacun pouvait s’approprier. Nous avons aussitôt convenu que les Bretons devaient tous s'installer en Israël – Palestine afin de mettre un terme à la tuerie entretenue.

Une déambulation filmée s’est ensuite produite dans la journée du lendemain, un dimanche.

La municipalité de Lorient a comblé par de la terre le bras de la mer qui s’étendait jusque dans le centre de Lorient.

Comme dans toutes les villes européennes, la plupart des cafés sont fermés, et les rues sont désertes conformément à l'état d'urgence permanent.

Nous avons longuement abordé la problématique que pose mon projet de financement participatif d’un acte collectif cinématographique désintéressé « L’Etat de notre urgence » et au fil de nos conversations, j’ai fini par comprendre que mes appels à financement déjà tournés étaient peut être difficiles à suivre. « Bordel, j’ai besoin d’argent pour faire un film, bordel » c’est finalement imposé dans mon esprit comme la seule phrase qui permettrait de définir clairement ma demande de financement participatif

Mais la question du geste cinématographique reste posée.

La lueur d'une bougie dans la cave sera mon ultime appel à financement.

Je ne céderai pas.

 

Le chat de la co-location avant mon départ était manifestement fumasse

Nicolas m’a dit que le chat de la co propriété voulait peut être sortir dans le jardin.

 

Pierre Merejkowsky

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