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Journal à rebourd (début)

Journal à rebourd (début)
Journal à rebours
Dimanche 16 juillet 2017
 
Je reconnais les faits.
Commémoration de la rafle du Vel d’hiv en présence de Benjamin Netanyahu.
La mémoire reste un phénomène inexpliqué.
J’achève pendant la nuit la lecture Les envoûtés de Gombrowicz.
Au petit matin, un bruit, non pas un coup, mais un bruit contre ma porte. Les mots de ma mère me reviennent en mémoire. Ma mère ne pouvait taire de la disparition de sa famille dans les camps d’extermination.
En ce mois de Juillet de 42, les familles juives ont obéi aux ordres des gendarmes français, elles ont fait leurs valises et sont montées dans les bus de la RATP.
Un bus à soufflet de la RATP me klaxonne avec rage parce que je roule à mon rythme dans le couloir partagé et réservé pour les vélos.
Sur le trottoir, des touristes gras et gros tirent leurs valises sous l’arrêt du bus.
Plus tard, en 68, en Suisse, dans un chalet loué par ma mère en accord avec le dispositif des congés payés, j’entends à la radio le son des chenilles des chars soviétiques entrant à Prague et émettant la même sonorité des valises à roulette tirées par des touristes gras qui assurent une partie du versement mensuel de mon RSA.
Je n’ai pas oublié.
Ou plutôt je me souviens.
Maya dans les envoûtés de Gombrowicz joue au tennis.
L. joue aussi au tennis.
Il parait que je fais souffrir L. C’est du moins ce que prétend son compagnon qui a transformé son admiration pour ma personne en une rage qui fut provoquée par mon refus de poursuivre notre relation professionnelle qui passait par une obligation non contractuelle d’une série d’appel téléphonique qui se devait de précéder toute prise de rendez vous. Le cas de L. présentait quelle que similitude avec cette dépendance téléphonique qui au fil du temps m’humiliait puisque elle laissait entendre que ma personne présentait un risque d'envahissement au cœur d’une société à responsabilité très limitée. Je n’avais, et je ne cache nullement mon attirance pour L. L. représente l’image parfaite à mes yeux de la femme. L. n’est pas de nationalité française et elle n’a pas pour habitude de taire en public ses dissensions conjugales et son désir d’enfant, ce qui m’empêche de coucher avec elle, sachant très bien que je devrais assumer financièrement cet enfant. Chaque fois que L. me dit de l’appeler, je l’appelle et elle ne me répond pas, je l’ai appelée trente trois fois de suite, il est vrai, parce qu’elle ne répondait pas, mais c’est elle qui a Bucarest dans des circonstances que je n’ai pas le droit de révéler m’appela trente quatre fois de suite. Je ne pouvais pas rester avec elle à Bucarest. Dans cette chambre, dans cette chambre des amis de son père, remplie de photos de la Garde de Fer antisémite, qui s’était alliée dans les années 30 avec les Communistes.
Cette culpabilisation liée à un phénomène de peur de la construction d’un lien rendu impossible par la disparition de la famille de ma mère dans les camps, s’est incontestablement nourrie de ce bruit contre ma porte.
La deuxième mère, celle qui succéda à la mère de ma première fille, manifesta une seule fois une violente hostilité contre ma personne rendant ainsi impossible la poursuite de notre lien.
Elle affirma sur les bords du lac de Vassyvière, haut lieu de la résistance contre les nazis, que mon ironie concernant nos sacs à dos (sans roulette) étaient déplacée, puisque j’étais bien content d’avoir eu des habits secs après la pluie, et qu’elle ne voyait aucun rapport entre les chars soviétiques, les touristes, les valises à roulette et les sacs à dos.
Des années plus tard, à l’enterrement de ma première fille, elle apporta un thermos et elle nous servit du café dans le bus RATP qui nous conduisait à l’enterrement de ma première fille. Geste qui m'obligea à retenir les larmes qui me montaient aux yeux et comme me l'a démontré par la suite la psychologue fut un frein à mon engagement (ce terme engagement correspond dans mon esprit à celui de l'affiche de propagande d'une armée)
« Je pensais que tu étais toujours dans le champ de l’ironie » a constaté le jeudi 07 juillet à 22h03 un ancien journaliste de guerre qui m’avait proposé de lire sur une Webradio mon texte sur la visite récente du Maire d’Alep à Paris.
Le bruit a cessé sur le pallier.
Il n’y a jamais eu de coup porté contre ma porte.
L’électrophone ne fonctionne plus.
La pochette de la Symphonie de Babi Yar de Chostakovitch et les paroles de la soprano affirmant que le Communisme ne peut être antisémitisme puisque le communisme est internationalisme est enfouie sous d’autres disques.
Et la terrasse du café sur le lac d’Enghien est désormais fermée au public pour une durée indéterminée.
Et ce sans aucune explication.
Les hélicoptères ont tournoyé une partie de la journée au dessus du défilé du 14 juillet et des manifestants du Front Social réunis place de Clichy protestant contre la venue de Trump et de Benjamin Netanyahu
Un touriste a émis un rire gras quand il a entendu dans le haut parleur de la RATP une voix qui annonçait que la station Pigalle était fermée sur ordre la préfecture suite à une manifestation sur la voie publique et qu’il convenait de surveiller ses bagages car tout bagage abandonné serait détruit par les forces de l’ordre.
C’est vrai je préfère le Gombrowicz de Ferdydurke, avec ses figures grimaçantes, comme autant de pantins qui nous entourent, et que la mémoire de notre culpabilité essaye de fuir, là bas, auprès d’un certain François.
(J’ai retrouvé François à Bruxelles, nous avons repris la même conversation d'il y a trente trois ans, je lui ai dit que je ne voyais pas en quoi il pouvait m’aider et il m’a dit que le Christ ne laissait pas la place à personne puisque il n’y a qu’un seul Christ et il a ajouté avant de me raccrocher au nez qu’il ne se laisserait plus démolir par moi).
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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